Poème accéléré
... quand le mot devient particule.
Lorsque j'écris de la poésie, je construis quelque chose : un nouveau langage. J'essaie de figer sur une feuille un sentiment ou une pensée abstraite. Les
rimes, les vers ne sont que des outils; les syllabes, des briques ou des tuiles. Et si les mots étaient des particules ?
Parfois, je parviens à
écrire d'une manière presque automatique, sans élaborer au préalable de pensée consciente. "Cela" vient tout seul. Je n'ai pas vraiment de "syndrome de la page blanche". Je trouve toujours
quelque chose à écrire, même si je finis par l'effacer un peu plus tard.
Je fonctionne par ensemble de poèmes et non poème par poème. A chaque recueil écrit, je tâche de varier la forme et le fond.
Pour aller plus loin, dans le cadre de Territorey, j'ai conçu avec l'aide d'un informaticien, un logiciel capable de dynamiser mon inspiration lorsqu'elle est pauvre. Une sorte de deuxième
réserve d'inspiration. Je l'ai baptisée "Accélérateur de mots". A la base, il s'agissait de reprendre le fonctionnement des accélérateurs projetant des particules qui s'entrechoquent. Les
chercheurs observent le choc produit et tentent de capturer de nouvelles particules résultantes.
Je me suis dit qu'en partant de deux phrases, on pourrait les projeter virtuellement entre elles pour observer ce qu'il en
résulte. Je développe souvent mes écrits à partir d'une seule phrase forte. Peut être, espérais-je, une nouvelle phrase ou des nouveaux mots. Je voulais en substance imiter le fonctionnement de
mon inspiration qui colle et déforme les mots entre eux : une reconstruction du langage en partie aléatoire. La première version du logiciel, après une année de travail, est fidèle au concept
initial. Il subira encore quelque modifications, mais il me plaît déjà dans sa forme actuelle.
J'ai écrit trois poèmes, tous trois basés sur une seule idée que je ressassais depuis quelques jours : "Tout comme il y a des degrés dans le crime / Il y a des
degrés dans l'art". J'ai entré ces deux phrases dans l'Accélérateur. Il a mélangé les mots et les lettres en y ajoutant, au hasard, de nouveaux mots et d'autres lettres. Cette machine produit
d'étranges résultats dès que l'on appuie sur le déclencheur, tous différents, même avec les mêmes entrées. Par exemple :
" ennoblie comme il a des métallurgie a cornaline fayottais dans s'allient enguirlande ans l'art ecrime
brifferai il y y s'enjolivant dégauchis italianisme a gêne egrés meubler des s'attristent coudoie dans l'aguichant
il Tout y a il degrés rivet chapelet plésiosaure des j'écanguerais édicterai
oi l u comme y ail des reterçai y a des dans rhinocéros bichotai dans déshydrogéner trichocéphale
Tout il bromisme des défavorable des intervenue degrés parton d'Ankara egrés quinaude blinder le shampooingnai c rime
vagabonder "
Attention, ce logiciel n'est pas là pour écrire à la place du poète. Il est là pour l'aider et l'inspirer. Il n'est pas question de copier ce texte pour verser
dans un surréalisme de bas étage. Le poète fait le tri dans cette succession rocambolesque de termes. Il décide quelle phrase ou quels termes il doit ajouter aux phrases qu'il méditait avant le
déclenchement de la machine.
Concernant l'évolution du logiciel, les mathématiques devront jouer à l'avenir un rôle plus important. Je souhaite que la future version du logiciel prenne en
compte la suite de Fibonacci, le Nombre d'Or dans ses calculs.
Des expériences littéraires s'inspirant de procédés scientifiques et/ou techniques existent déjà mais elles n'ont pas de rapport avec le développement de ce
travail. Parmi celles-ci, citons l'ALAMO, Atelier de Littérature Assistée par la Mathématique et les Ordinateurs et le mouvement impulsé par les auteurs
de poèmes "fib".
Texte et concept de base :
Rémi Teulière
Conception du logiciel :
Rucht Cédric Armengaud
Illustration :
Yannick Sellier
Lundi 2 novembre 2009
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